RESISTANCE: les arrestations

Les arrestations de 1944

L'ensemble du groupe Alliance a connu en automne 1943 une vague d'arrestations au niveau national, surtout en Bretagne ; la Normandie ne fut pas touchée, toutefois Coulibeuf (Bison noir) de Formigny disparaît... ainsi que Rodriguez dit Pie" (arrêté un peu plus tard)
Mais le 14 mars 1944 la Gestapo organise un coup de filet important probablement suite à l'arrestation à Paris d' agents de liaison, dont "Tadorne" (Jean Truffaut de Rennes intermédiaire de R Douin)qui était en possession de documents importants. Ainsi le 17 mars, Robert Douin, le chef départemental (chez qui était passé Tadorne le 9 mars) est arrêté à Caen ainsi que G Thomine de Port et trois autres résistants dont J Caby de Villers Bocage. A chaque fois ce sont des français, membres de la gestapo qui font le travail des nazis en arrêtant les résistants.
Les interrogatoires de la Gestapo sont terribles, pas un ne parle malgré les souffrances et les tortures.

Puis, progressivement, trois résistants sont arrêtés les 20 et 28 avril avril, à Caen, ensuite neuf résistants, le 4 mai, essentiellement à Villers Bocage.

Enfin le 5 mai, Charles Ollard,le receveur de la poste de St Laurent est arrêté puis c'est le tour de Désiré Lemière arrêté lors de sa tournée [lire le témoignage de sa fille] ainsi que plusieurs autres camarades : Albert Anne, 36 ans, le forgeron d' Asnières et enfin Robert Boulard, le facteur de Trévières.

Le réseau alliance du calvados est décapité, sur les 21 arrestations, 4 seront libérés dont Charles Olard (d'où une suspicion, à tort ou à raison, rien n' a jamais été prouvé, dans un sens ou dans un autre, pour ces 4 libérés), un sera envoyé en camp de travail et 16 seront fusillés le 6 juin à la prison de Caen, dont Désiré Lemière de Saint Laurent, Robert Boulard facteur à Trévières, Albert Anne d'Asnières et G Thomine de Port en Bessin.

Comment expliqué les arrestations ? il semble que les arrestations des agents de liaison à Paris (et donc l'apport de documents) aient fourni de nombreuses indications à la Gestapo. Rien ne laisse à penser qu'un seul des hommes arrêtés ait pu parler sous la torture.

Fusillés de la prison: une nouvelle piste

Où sont enterrés les fusillés de la prison de Caen du 6 juin 1944 ? Un mystère resté sans réponse depuis 74 ans. L’historien, Jean Quellien, professeur émérite de l’université de Caen apporte des nouveaux éléments en 2018 (Source OF)

Les faits

Le 6 juin 1944, quelques heures après le débarquement des Alliés, les Allemands décident d’exécuter les résistants détenus dans l’actuelle maison d’arrêt de Caen. «Des prisonniers dits dangereux, explique l’historien Jean Quellien. Les Nazis ne voulaient pas laisser de traces derrière eux ». Selon les travaux de l’historien, près de 75 hommes ont été assassinés dans la journée du 6 juin.

Après ce massacre, les résistants sont enterrés dans des courettes de la prison. « Mais à la fin du mois de juin, les responsables régionaux de la Gestapo donnent l’ordre de faire totalement disparaître les corps. Les Allemands passent à l’action le 29 juin. Ils font faire cette salle besogne par des Français. Ils n’ont plus de détenus à Caen. Ils en réquisitionnent huit à la prison des Ducs, à Alençon. Seuls deux survivront à la guerre. » Les cadavres sont exhumés et partent pour une destination. Toujours inconnue, 74 ans après.

Une multitude d’hypothèses

Rapidement après la guerre, les témoins sont entendus. Sans apporter d’éléments décisifs. Au fil des années, malgré la peine des familles, l’intérêt pour cette énigme faiblit. L’affaire est relancée dans les années 60 puis au milieu des années 80 sous l’impulsion de Jacques Vico, résistant caennais. En 1994, il publie avec Jean Quellien Massacres nazis en Normandie aux éditions Corlet. Mais l’énigme reste entière.

Au fil des témoignages, de multiples hypothèses sont nées. Jean Quellien les ferme les unes après les autres : « On a parlé des environs de Bayeux. Quand on regarde le front à la date du 29 juin, on se demande ce qu’auraient été faire des Allemands dans un secteur tenu par les Anglais. L’aérodrome de Carpiquet ? Là aussi, bizarre de venir enterrer plus de 70 corps tout près de la ligne de front. Des fouilles y ont eu lieu. C’étaient les corps de soldats canadiens. Les mines de May-sur-Orne ? Drôle d’idée de venir dans ce site où étaient réfugiés des milliers de civils. »

Une nouvelle piste ?

En historien, Jean Quellien se concentre sur les documents originaux pour évoquer une nouvelle piste. Parmi eux, la déposition de Marcel Constantin le 12 octobre 1944. Il faisait partie des huit prisonniers d’Alençon chargés de transporter les corps. Devant un juge d’instruction, il décrit les lieux : « L’endroit où nous étions n’était pas de la plaine. Il y avait des haies. Nous traversions un pont sur une rivière de cinq à six mètres de large ».

Marcel Heurtaux, le second survivant de l’équipe des prisonniers d’Alençon, témoigne en 1986 devant un commissaire divisionnaire chargé d’une enquête par des associations de résistants. Il évoque aussi le trajet des camions allemands : « M. Heurteaux a aperçu une pancarte où il a lu ou a cru lire l’indication Saint-Brieuc, ou un nom à consonance voisine. »

Pour l’historien, Saint-Brieuc ne peut pas être retenue comme une destination possible. Mais à partir de ces documents, il propose une nouvelle piste : « La description du parcours peut correspondre à la vallée de l’Orne. La destination finale des corps n’est pas très loin de Caen. Pour les Allemands, aller vers le Sud, là où ils maîtrisent encore le terrain, semble logique. Après Caen, pour traverser l’Orne, le premier passage possible est sur le pont de… Brieux, à Goupillières. Tout près se trouve la ferme du Foupendant à Espins, où une partie de la Gestapo caennaise s’était repliée depuis le 6 juin. Je ne dis pas que j’ai la réponse mais tous ces éléments sont troublants. »