AUTREFOIS : Activités

Les activités : agriculture, artisanat, commerce, tourisme, pêche ...

à partir de l'exemple de la commune de Saint Laurent sur Mer

L'agriculture

L'agriculture demeure l'activité économique essentielle, basée sur l'élevage dont le lait est la principale production, ainsi l'herbe domine la région couverte de prés entourés de haies vives. Régulièrement, le mardi, on se rend au marché (Trévières, Bayeux, Littry) où les "cachoux" mènent les bêtes (veaux et vaches de réforme engraissées pendant un an) qui seront vendues. Les femmes faisaient le "beurre" et le vendaient au marché de Trévières, le chef lieu de canton,distant de 10 km, où avaient lieu également un marché aux poissons et un marché aux petits cochons.
Les prairies permettent aussi la présence de pommiers, autre activité traditionelle importante qui permettait de faire son cidre et son calva (le bouilleur de crue pase de fermes en fermes). Saint Laurent était célèbre pour sa variété de pomme "La Marin-Onfroy" qui était la plus ancienne, dont l'origine remonte au sieur de Saint Laurent, Marin-Onfroy qui la ramena de Biscaye espagnole au début du XVI° et qui, ensuite, se répandit en Normandie.[Aujourd'hui,elle est toujours exploitée par Monsieur Legallois de la ferme de la Sapinière qui produit un excellent cidre !]
Toutefois, on cultive un peu de blé, d'avoine, d'orge, du sarrasin, des pommes de terre ; ces cultures se font sur la "campagne", c'est à dire sur les terres situées derrière la falaise, mais les rendements demeurent faibles, quelques quintaux à l'hectare. Pendant la guerre on cultive en plus le rutabaga. L'on vit en autarcie grâce aux compléments apportés par la chasse (interdite pendant la guerre) et par la mer ; aussi ne manquera-t-on de rien pendant la guerre, sauf du pain qui était rationné. A préciser que la plupart de habitants faisaient des "rangs de haricots, patates" dans la campagne, un peu partout, afin d'améliorer l'ordinaire. Cette pratique courante permettait aux ouvriers agricoles de mieux vivre
Ainsi, l'on trouve à St Laurent, juste à l'avant guerre, une vingtaine d'exploitations de taille variable : quelques grosses de 15 à 20 ha (ferme "Legallois" avec 40 bêtes), beaucoup de petites (une vigntaine ?)de quelques ha avec 4 à 5 vaches (Marie Furon avait 3 vaches).On compte en moyenne 1 ha par vache, ainsi, les 300 ha de la commune de Saint Laurent engraissaient 300 vaches.Mais seules une douzaine de fermes ne vivaient que de leur agriculture, les autres avaient des activités complémentaires liées au tourisme et à la mer.

L'artisanat et le commerce

Voir un plan détaillé de ST Laurent (plage) avant la guerre (format flash) pour mieux localiser.

La présence de belles et riches villas ainsi que l'apport touristique de "la plage des sables d'or" a fait vivre de nombreux artisans pendant la première moitié du siècle.
Ainsi à St Laurent trouvait-on, avant guerre:
-Près de la mer
-Monsieur Hubert, Menuisier, qui résidait au milieu des villas, près de la plage.(qui était maire au débarquement)
-L'épicerie Loutreil
-L'Hôtel des Flots et son annexe, face à la mer, de Monsieur Franois (aheté en 1936 à Alex Miai)
-les hôtels de la grande rue : "Hotel de la Plage Lebassaq" et l'Hotel des Bains de Madame Rollet
-Toujours dans la grand rue, face aux hôtels : les deux épiceries : épicerie bazar "Elie-Ecolivet" et à côté, un peu plus haut, le bazar "Epicerie de la plage" de Louvet-Basnier.
-S"ajoutaient de nombreux commerces ambulants de Vierville, Formigny et Trévières.

-Entre la mer et le village
-La Poste, dont l'emplacement pose problème en 1920, a été construite en 1930 et assure le téléphone et les télégrammes.
-Monsieur Marie, chaudronnier (emplacement maison Dubosq)
-Monsieur Etasse, garagiste (emplacement actuel Houyvet)
-Monsieur Pionnier, cordonnier
-Monsieur Furon qui assurait tous les transports avec son attelage (en particulier les touristes depuis,la gare de Bayeux)

-En haut, au village:
-l'ex gare,datant du tout début du siècle, inutilisée depuis le 31 janvier 1928, de la ligne "Grandcamp - Le Molay Littry via Trévières" soit 32 km de voies ferrées qui ont été retirées dans les années 1932/33 (mais qui ont longtemps figurées sur les cartes d'Etat major,ce qui a trompé beaucoup de GI's qui cherchaient en vain ces voies inexistantes !. Le chef de gare était une femme, Madame Leluan Julia, une veuve de guerre au caractère trempé qui avait tendance à abuser de la chopine...[un projet de ligne StLaurent-Port en Bessin, 11km, exista vers 1911 mais fut vite abandonné. Le conseil municipal demande en 1922 que le train soit maintenu toute l'année afin que la population sédentaire en profite. En 1928, à l'arrêt de la ligne, le conseil municial demande une ligne d'autobus reliant Bayeux à Saint Laurent par le bord de mer.
-Monsieur Bottin , menuisier (route de Vierville)qui fut maire de la commune.
-Monsieur Renard Alexandre (père) et Marcel (fils), maçons (quartier de la gare)
-Monsieur Morgat,maçon dont un fils a été tué à la guerre 14/18
(à noter que les maçons extrayaient "carriaient" eux mêmes leur pierre "chemin des carrières" car toutes les maison étaient construites en pierre de taille locale)
-Monsieur JB Louvet,atelier de vélos, "le Partage" et qui possédait d'autres maisons dont "La Fraisnaie". C'était un ancien coureur professionnel cycliste au début du siècle, assez renommé. Voir le dossier "Feutry". A noter que Madame Louvet fut tuée le 6 juin 1944, accidentellement par un soldat américain,dans sa maison alors qu'elle passait devant une fenêtre. Ce fut le seul décés d'un civil à Saint Laurent le 6 juin 1944, toutefois il y eut deux blessés, Monsieur Louvet et Monsieur Etasse qui fut soigné en Angleterre, et , plus tard, "toto Louvet" fut tué par une mine chemin de la Fraisnaie)
-Epicerie du Carrefour
-Epicerie de la mère Matane (maison derrière le monument aux morts)
-Ecole avec Monsieur Delaunay instituteur avant la guerre (1931-1939) avec deux classes "les petits " et "les grands",soit 58 élèves. Ecole traditionnelle avec sa fête de fin d'année, ses remises de prix (des livres) aux lauréats du "certif" que l'on allait passer à Trévières, en espérant ne pas avoir un zéro éliminatoire en dictée !
- la Mairie, route de port.
-L'église et son presbytère, avec le curé Premprain: l'on entendait sonner la cloche trois fois par jour (matines, angélus, soir) qui était tirée par Monsieur Picot qui faisait office de : secrétaire de mairie, garde champêtre, fossoyeur, infirmier, sonneur de cloches, cantonnier (nettoyage des fossés et du lavoir). Monsiur Picot dut cesser de sonner les cloches après la guerre puisque la cloche tomba suite aux bombardements !
[le presbytère a été détruit au débarquement et reconstruit en école en 1958, qui a définitivement fermée en 1985 après avoir connu une interruption en 1974]
-de nombreux "jardiniers" qui travaillaient à l'année dans les villas du bord de mer et qui envoyaient régulièrement aux propriétaires parisiens les produits du jardin. Certaines villas possédaient de somptueux jardins (dont un fameux jardin à la japonaise) qui nécessitaient plusieurs jardiniers à l'année !
-longtemps, on extraya de la tourbe (sous le sable, en bordure de plage) comme source de combustible,une fois séché. Les registres du Conseil municipal évoquent la "présence de prisonniers allemands " qui y travaillent et des problèmes posés par cette extraction pour le tourisme. De même, il existait une activité d'eploitation de roseaux : "les Roselières" situées dans les marécages au pied de la falaise, jusqu'à Colleville. A saint Laurent, c'était surtout le long du chemin des Costils ; de véritables concessions autorisaient la coupe annuelle des roseaux utilisés pour les toitures et les presses à cidre (en remplacement des toiles)
-La caserne des douaniers a été transformée en 3 logements puisque la douane littorale qui surveillait la contrebande a disparu dans les années 20.

Au début du XX°
-Monsieur A Le Brunet, maçon en 1909, qui a travaillé sur l'église
-Monsieur A Lemonchois peintre en 1914
-Monsieur Bernard Emile, peintre décor, vers 1910
-des douaniers (3 postes avant 1914) à la Caserne, à l'époque où se situaient encore sur la falaise des abris tous les 2 ou 3 km.

Longtemps exista "la foire de St laurent", route de Surrain, sur un terrain communal, qui avait lieu le 10 Aout. C'était une foire ancestrale (?) datant du XIII°, disait-on.

 

Le Conseil municipal

Dés le début du siècle, le conseil municipal de Saint Laurent se soucie des problèmes de la plage : en 1923, la commune réclame au Préfet à être classée "station balnéaire" puis à renommer le "chemin du Roy" en "chemin des cabines" jusqu'au Ruquet. Dés 1925, le conseil augmente le tarif de location des cabines, tout en donnant priorité aux Saint Laurentais et met en place une Taxe de stationnement près de la mer (1 F pour les voitures à cheval et 2 F pour les automobiles). En 1927, l'on déplace les cabines "en infraction" et on pose une barrière entre la "pierre à poissons" et les cabines pour assurer la propreté de la plage. L'on renouvelle la demande de classement en station touristique et une taxe de séjour est mise en place.
L'électrification de la commune se fait entre les deux guerres : en 1922 on étudie le "projet de ligne principale" et en 1931 "l'extension du réseau" jusqu'au "Chalet des saines vacances". A noter que l'eau courante n'arrivera qu'après la guerre (projet en 1946 et en voie de réalisation en 1954). Un des soucis majeur représente l'entretien des routes et chemins en particulier à cause des dégâts causés par la mer et les tempêtes (1909) qui les rendent souvent impraticables, d'autant que le marais est proche ! Parfois il a fallu que les habitants eux mêmes utlisent les galets pour renforcer les chemins.

 

Le Tourisme

Les villas sont nombreuses à Saint Laurent (voir le plan) et appartiennent a de riche familles qui aiment séjourner l'été. Une trentaine de cabines qui bordent la plage permettent d'entreposer le matériel pour les jeux de plage et pour les activités de pêche.

Monsieur Feutry témoigne :
Avant guerre, Saint Laurent sur Mer, c'était la plage des Sables d'Or, plage chic et résidentielle où se côtoyaient une très bonne bourgeoisie parisienne, la noblesse loco-régionale et les gens du village, propriétaires saisonniers ou habitant à l'année, locataires de villas et commerçants artisans agriculteurs et employés.
Je citerai plusieurs noms: Monsieur Carteret, éditeur d'art à Paris, le Professeur Lacronique, stomatologiste des hôpitaux de Paris, le marquis de Balleroy en maillot de bain avec son canotier, le duc d'Harcourt, les familles Peron, Bourdoux, Benoist,Lebassaq, Seguy-Favre, Aboilard, Laisney, Feutry, Kaufman, Chalumeau, Pezeras, Longuet, Guenier, Lejars, Bedos, Chilot, Cuvalecci, Schnegans, Louver...etc ainsi que la poétesse des années folles née à Honfleur en 1880,Lucie Delarue Mardrus. Son mari le docteur Mardus avait acquis une certaine célébrité en traduisant toute la version non édulcorée des contes des Mille et une nuits.Enfin, un certain Pierre Cuq, fils d'amis intimes de Madame Bedos, villa la Source venant passer des vacances chez elle à Saint Laurent. Il est devenu le célèbre acteur Pierre Mondy.

Les vacanciers se retrouvaient sur la plage pour des jeux de sable : châteaux, bateaux, pâtés, barrages de sable sur les petits ruisseaux à marée basse, jeux de croquet. De plus il y avait quelques canoës pour la balade côtière (pas très loin, quelques mètres!) et bien entendu la natation.Dans les années trente les cours de natation étaient donnés par un habitant de Saint Laurent, le célèbre et sympathique JB Louvet qui a été le maître nageur de ma mère en 1930. Elle s'en souvient encore. JB Louvet célèbre coureur cycliste des années 19 et 20 avait sa marque de vélo JB Louvet. Il avait remporté de grandes courses cyclistes internationales et avait couru le tour de France avec les frères Pélissier.

Voir le dossier complet du témoignage de C Feutry

La pêche

La pêche a toujours été une activité importante, il s'agissait d'une activité familiale qui permettait de mieux se nourrir mais qui pouvait aussi être vendue à la fameuse "pierre à poissons" par des "paysans pêcheurs" ! .L'on pratiquait:
- la pêche à pied (crevettes grises,parfois du bouquet, équilles)
- la pêche en bateaux, tirés par des chevaux, semble être rarissimme.
- la pêche à la ligne : les amateurs plantaient des lignes tous les mêtres soutenues par des morceaux de sureau, avec de gros vers de sable pour prendre les poissons plats (limandes,carrelets, soles et plies).A notrer que cette activité était intedite en été.
- la pêche au filet : pendant la mauvaise saison, l'on confectionnait des "harendières", filets confectionnés avec de la ficelle comme le faisait Monsieur Furon. Ces filets étaient ensuite tendus pour pêcher le hareng et les "gens de la ville" aimaient bien y partcicper (Monsieur Bourdoux, Richard...).
"A la Saint André du hareng plein les raies !" disait-on à l'époque. Le hareng était ensuite séché et fumé. Aujourd'hui, encore, on utilise les harendières.

La "pierre à poissons",lieu où se vendait le poisson, se situait à l'emplacement actuel du monument Signal ; elle était constituée d'une grande table en pierre (granit?) limitée par une chaîne mise sur piquets, située en haut des galets. De nombreuses familles complètaient leurs revenus en allant vendre du poisson de porte en porte dans les villages des alentours, activité parfois réalisée par les enfants.

Monsieur Feutry témoigne : Une autre activité qui était importante à Saint Laurent était la pêche à pied. Pas le pêche au rocher comme à Vierville ou la Percée. Les enfants pêchaient la crevette en poussant leur filet dans les mares appelées "nauds" découvrant à marée basse. Les pêcheurs plus expérimentés pêchaient avec leur grand filet directement au flot. Les plus acharnés tendaient des lignes amorcées avec des vers de sable et bien attachées profondément ou mettaient des filets. Il fallait attendre la marée basse suivante pour relever le tout. Un nom me vient à l'esprit Madame François qui n'hésitait pas à se relever la nuit pour ramasser sa pêche et je ne saurais oublier Madame Odette Benoist qui vait la même passion.

Voir le dossier complet du témoignage de C Feutry

laise à Vierville